Studio J57
14 h 45
Les garçons ne cessaient de tourner en rond, tels des lions en cage. Ils devaient avoir rendez-vous avec toute leur équipe, afin de faire le point sur l'année qui allait bientôt se terminer. Pas mal de choses s'étaient faites, des bonnes, des moins bonnes. Un bilan était donc de rigueur. Malheureusement, David manquait à l'appel.
« Un rendez-vous important ». Voilà ce qu'il leur avait dit, en partant aussi précipitamment qu'un voleur. Les garçons étant sur les nerfs, autant dire que ce contretemps n'améliorait pas leur humeur. L'un deux était particulièrement soucieux. Mais la source de cette préoccupation était d'une toute autre nature.
POV TOM
Quelques heures plus tôt – 5 h 45
Je me réveille en sursaut. Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas fait de cauchemar. J'ai juste rêvé d'elle, comme cela m'arrive plusieurs fois depuis quelques temps.
Je me relève péniblement sur mon lit, et pose la main sur ma poitrine, histoire de reprendre mon souffle. Mon c½ur palpite inexorablement, sans que je puisse en expliquer la raison. A bien y réfléchir, je la connais cette raison, c'est juste que je ne veux pas me l'avouer.
Lentement, je sors de mon lit, et me dirige vers le balcon, afin de prendre un peu l'air. Je fais coulisser la fenêtre d'un coup sec, le vent glacial vient transpercer mon corps de toute part. Je frissonne énormément. C'est vrai que je suis un peu beaucoup torse nu, et histoire de compléter le tableau, je ne porte qu'un boxer noir. Ma tête se détourne vers le lit, qui apparaît comme un cocon bien chaud et douillet. Mais je ne vais pas me laisser tenter. Si jamais j'y retourne, je sais ce qui m'attend et franchement, la perspective de rêver d'elle à nouveau, ne m'enchante pas vraiment.
Reniant complètement mon lit, je vais porter mon regard sur les environs. Le soleil ne s'est pas encore levé et pourtant, la ville semble déjà s'affairer. D'en haut, je vois des points minuscules apparaître et disparaître au coin des rues. La circulation commence d'ores et déjà à se densifier, et l'alignement formé par les voitures forme un manteau multicolore, recouvrant partiellement le bitume.
Elle me le faisait souvent remarquer et, à l'époque, je n'arrêtais pas de la taquiner sur son côté rêveur. Elle me répondait toujours que lorsque la réalité n'était pas si jolie à voir, l'idéaliser n'était pas un si grand mal que ça. Avec le recul, je me demande si elle avait raison de penser ainsi. C'est vrai que ce qu'on peut voir tous les jours n'est peut-être pas toujours agréable, mais si l'on devait s'enfermer dans une bulle à chaque fois que le monde nous déplaît, est-ce qu'on...
Ouille ! Une migraine me cogne soudainement les tempes. Ca doit être signe que mon esprit surchauffe. Réfléchir intelligemment n'est pas trop bon pour moi apparemment. J'éclate de rire à cette réflexion. Je ris encore plus lorsqu'il me semble entendre son rire en écho. Elle m'embêtait continuellement sur mon « potentiel intellectuel très bien caché ». Petit à petit, des crampes s'immiscent dans la partie, signe que je suis arrivé au maximum. Je m'arrête donc, mais un sourire reste immanquablement affiché sur mon visage.
POV BILL
6 h 30
Encore une rude nuit. Le pire, c'est qu'elle n'est pas finie ! Tout en me levant, je peste contre moi-même. Depuis quelques jours, on dirait que je suis réglé comme une horloge. Je me réveille aux environs de 6 h du matin et ce, quelque soit les circonstances de la veille. Je ne peux plus me rendormir après coup et avec ça, j'ai une boule à l'estomac que je n'arrête pas de traîner depuis quelques temps.
« Brrr ! C'est qu'il caille dans cette chambre ! » remarquai-je, tout en me frictionnant le corps.
Apparemment le chauffage est en option ici. J'en ferais la remarque à David aussitôt que je le verrais. D'ailleurs, il agit bizarrement depuis quelques temps. Il est plus excité que d'habitude et ne cesse de se promener avec un sourire débile, collé au visage. Rooh... Je ne vais pas me prendre la tête dès le matin avec ça, ça doit sûrement être l'approche des fêtes de fin d'année qui le met dans cet état.
Sans faire plus de cérémonies, j'attrape l'épaisse couverture du lit, et m'emmitoufle dedans. Je m'approche du miroir et déplore l'état dans lequel je suis. Mes cheveux... ne ressemblent plus vraiment à des cheveux, j'ai la bouche pâteuse et j'ai complètement oublié de me démaquiller hier soir. Je vous laisse donc imaginer le portrait déplorable. Je soupire de désolation et me dirige vers la porte de ma chambre. Je l'entrouvre doucement, et passe ma tête à travers l'interstice. Je regarde des deux côtés, personne. Rapidement, je referme la porte derrière moi, et me dirige au fond du couloir, tout en sautillant. C'est que la couverture est tellement longue, que je me vois mal trébucher et m'affaler sur le sol. Je vous épargne donc le comique de la scène. Arrivé à bon port, je m'arrête quelques secondes, essayant de reprendre mon souffle. C'est que ça demande beaucoup d'efforts. Je pénètre ensuite dans la chambre, cherchant Tom du regard.
Lui aussi est pris d'insomnies depuis quelques temps. Lorsqu'il m'en a fait part, je lui ai avoué que c'était également mon cas, et nous avons décidé de laisser nos chambres ouvertes, histoire de se retrouver un peu. Ca faisait longtemps qu'on avait pas autant discuté, hors du stress environnant. On le faisait aussi dans le bus de la tournée, mais bon ça n'était pas pareil. Là, on était entre nous.
Bien que je sache que c'est inutile, je jette un coup d'½il vers son lit. Évidemment, il n'y est pas. A en juger par l'état des draps, je devine sans peine que la nuit a été agitée. Encore une fois. Nos récentes discussions ne m'ont toujours pas permis de découvrir clairement la raison de ses soucis. Bien que j'en ai une vague idée. L'air glacial qui règne dans la pièce me ramène brutalement à la réalité.
« Décidément, c'est dans toutes les chambres qu'il n'y a pas le chauffage apparemment ! Ca va vraiment pas là, je vais me plaindre à la direction ! » m'énervai-je.
Comme pour me faire taire, une bourrasque de vent vient souffler sur mon visage. Mais pourquoi diable Tom a-t-il laissé ses fenêtres grandes ouvertes ?! Par ce temps pareil, il est vraiment malade celui-là ! Je m'en vais pour aller la fermer, lorsque je l'aperçois accoudé sur le rebord du balcon, torse nu et en boxer.
« Il va vraiment pas bien celui-là ! Tu vas pas me dire qu'il ne sent pas le froid ? » pensai-je.
Je souffle d'agacement et m'approche de lui, en le recouvrant avec ma grosse couverture. Elle est assez grande pour deux. Ce contact soudain avec le duvet semble le ramener à la réalité. Il tourne sa tête vers moi, et je peux y apercevoir un sourire. Je suis agréablement étonné.
Même s'il continuait à rire avec les autres, on pouvait sentir que le c½ur n'y était pas. Ses blagues, d'ordinaire pas très intellectuelles, n'étaient pourtant plus aussi recherchées qu'avant. Et ça durait depuis une semaine déjà.
Là, j'ai droit à un sourire sincère et je dois dire que cela me fait très plaisir. A mon tour, je ne peux m'empêcher de sourire. D'un même élan, nous reportons nos regards vers l'horizon.
« Ca à l'air d'aller mieux on dirait, commençai-je.
-On ne peut pas dire que ça aille mieux, me répondit-il. Simplement, je me suis rappelé de très bons souvenirs.
-Ah bon, fis-je, surpris, tu me les fais partager ? Si ça te fait sourire, c'est que ça devait sûrement être une grosse connerie !
-Je suis nostalgique de l'époque des « Trois mousquetaires », me dit-il en riant légèrement.
-C'est clair que c'était le bon temps... On a du faire les 400 coups ensemble !
-Et même plus encore...dit-il dans un ton triste.
-Tom, lui dis-je en l'entourant de mon bras, t'es sûr que c'est bon pour toi de parler d'elle ?
-Certainement que non, mais on a quand même passé d'agréables moments ensemble. Et puis, je...
-Je sais Tom, je sais, l'interrompis-je, en resserrant mon étreinte. »
Nous restons encore un long moment à l'extérieur, regardant le soleil se lever. Dès que ses rayons nous éblouissent trop, nous nous retirons à l'intérieur. D'un regard, il me remercie, et je le serre brièvement dans mes bras. Les effusions de sentiments, c'est pas trop son truc ! Un dernier sourire, et je quitte la chambre.
Nous avons très peu discuté, mais le contenu de la conversation était quand même très significatif. Cela ne fait que confirmer mes suppositions : il est encore amoureux d'elle.
POV TOM
13 h 37
Ca m'a fait du bien de parler avec Bill. Ca m'a fait du bien de savoir qu'il serait toujours avec moi. Néanmoins, au fil de la discussion, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à notre relation.
Entre nous, ça a toujours été fort, intense. Je ne sais même plus si, à ce stade, on peut appeler ça de l'amour. Ce mot semble trop faible pour décrire les sentiments que j'avais pour elle à l'époque. Je crois, qu'après Bill et ma mère, c'était la personne qui me connaissait plus que quiconque. Et forcément, me connaissant, ça ne pouvait pas rester une belle relation d'amitié platonique. Selon moi, les relations d'amitié filles-garçons sont toujours un peu ambiguës. Depuis elle, je fais maintenant très attention dans mes relations avec le sexe opposé. Parfois, je cède à mes pulsions mais bon... je suis un homme quand même ! Un beau gosse célèbre qui plus est !
Je ris face à ma réflexion stupide, et finis de me brosser les dents. N'empêches, je me demande vraiment pourquoi je pense à elle maintenant, alors que je pensais l'avoir complètement rayé de ma vie. Je souffle légèrement. Il faut croire qu'entre le fait de le penser, et l'action, il y a un grand pas à faire ! Il faut vite que je trouve une distraction. C'est sans doute parce qu'on n'a plus le temps de sortir ces temps-ci que je me turlupine la tête avec ça.
« Ouais... Ca doit être ça ! me dis-je, tout en réajustant ma casquette. On va encore dire que je me vante mais, quelle beauté quand même ! C'est affolant ! »
Encore un dernier coup d'½il vers le miroir, puis je me dirige vers mon lit, récupère mon gilet, mon portable et mon Ipod, puis sors de la chambre. Je rejoins les autres devant l'ascenseur, levant la main en guise de bonjour. Après avoir fait un sourire discret à mon jumeau, nous nous engouffrons dans l'ascenseur, tandis que les portes se referment derrière nous.
Le trajet vers le studio se fit silencieusement. Quelques mots par-ci, par-là. Nos quatre garçons étaient tous plongés dans leurs pensées. La perspective de se lever aussi tôt, un jour-off qui plus est, ne les enchantait pas vraiment. Ils étaient tous à fond dans leur musique, n'écoutant même pas les indications de Saki qui, au bout d'un long moment quand même, se rendit compte qu'il parlait au mur. Chacun d'entre eux avaient le visage tourné vers l'extérieur, suivant sans grand intérêt les paysages qui défilaient devant leurs yeux.
Georg ainsi que Tom, finirent par s'endormir, leur tête contre la vitre. Bill et Gustav, eux, étaient à leur grand regret, bien réveillés, sans aucune possibilité de faire la même chose que leurs comparses.
Ils furent tous interrompus dans leurs actions, lorsque la voiture s'arrêta doucement. Georg se réveilla instantanément, affichant un air mécontent. En effet, il n'arrivait à dormir que pendant que la voiture roulait. Il s'étira longuement, et ouvrit la porte d'un coup sec. Un vent froid s'engouffra à l'intérieur de la voiture, faisant frissonner Bill et Gustav. Tom, lui, ne bougea pas d'un poil.
« Dis-donc t'aurais pas pu attendre que tout le monde soit prêt avant d'ouvrir la porte ? s'écria le chanteur, frigorifié.
-Toi, lui répondit assez rageusement le bassiste, tu vas pas commencer à m'énerver dès le matin hein ?
-Plutôt l'après-midi non ? dit-alors Gustav d'un air moqueur.
-Bref, le coupa Bill, la prochaine pense un peu aux autres.
-J'arrive pas à croire que ça soit toi qui dises ça, s'esclaffa Georg, ça c'est la meilleure !
-Qu'est-ce que tu veux dire par là ? s'énerva Bill.
-Vous avez pas bientôt fini ? Vous commencez à me casser les oreilles vous deux ! intervint une voix pâteuse.
-Oh ! Désolé Tom, s'excusa son jeune frère.
-Ouais s'cuse, bougonna Georg après avoir reçu un coup de coude de la part de Gustav »
Dire qu'il réussissait enfin à trouver le sommeil, il avait fallu que les deux zigotos se chamaillent. En attendant, la porte de la voiture était toujours ouverte, Saki attendant devant que ces messieurs daignent finir leur conversation. A cette vue, le guitariste ria légèrement et consentit à se redresser sur son siège.
« C'est pas tout ça, commença t-il, mais vu qu'on est arrivés et que la porte est ouverte, pourquoi on ne descendrait pas ? »
Les autres restèrent interdits face à cette remarque intelligente. Tom se moqua ouvertement de leurs têtes, puis descendit du véhicule.